Le faussaire Beltracchi : comment faire un faux tableau

29 September, 2019
Le faussaire Wolfgang Beltracchi peint maintenant sous son vrai nom, après avoir vendu pendant des décennies de faux tableaux aux galeries du monde entier.

Wolfgang Beltracchi est considéré comme l'un des faussaires le plus audacieux des dernières décennies. En 2011 il s'est trouvé condamné par une cour de justice allemande pour contrefaçon en relation avec 14 tableaux vendus pour un total de 45 millions de dollars U. S., la nouvelle choquant et déstabilisant le marché de l'art. Beltracchi a depuis avoué avoir forgé plus de 300 œuvres d'artistes connus, ceci incluant André Derain, Max Ernst, Max Pechstein et Fernand Léger.

 

Beltracchi est sorti de prison en juin 2015 et peint de nouveau, mais sous son nom. Il fait des expositions et ses tableaux se vendent entre 250 000 et 300 000 Euros pièces — tout de même moins cher que ses faux, qu'il vendait des millions d'Euros.

 

L’éthique, du marché de l'art et comment être un bon faussaire.

(Interview pour un journal à Venise)

 

Journaliste : Considérant votre passé, qui achète vos tableaux ?

Wolfgang Beltracchi : Je me fais une règle d'avoir vendu mes toiles avant qu'elles soient terminées. Je n'ai pas de marché dans le strict sens du terme, parce que les grandes maisons de ventes aux enchères se tiennent à l'écart, même si nous avons eu de très bonnes relations pendant 20 à 30 ans.
De manière évidente elles ne savaient pas que les tableaux étaient des faux.

 

Je ne fais pas partie de ceux qui supportent le marché de l'art — il a une structure qui s'apparente à celle de la mafia. La réalité est que mes peintures sont accrochées à côté de celles de Richter ou Warhol, et de je ne sais qui. Je pense souvent à des gens comme Baselitz qui accrocha ses peintures à l'envers pendant 50 ans et qui était un peintre médiocre, ce qu'il admet lui-même. Il a toujours voulu être un vrai peintre, mais manquait du talent nécessaire.

 

Que pensez-vous de grands artistes contemporains comme Jeff Koons ?
Les artistes comme lui sont des usines et vous vous devez d'utiliser des guillemets quand vous parlez de "grands" artistes.

 

Votre usine était une usine de faux ?
Non, ce n'était pas une usine parce que je peignais des tableaux individuels et je n'ai jamais fait de copies, seulement des pièces uniques en partant d'un certain contexte, avec une certaine technique, en racontant une certaine histoire.
Les artistes comme Jeff Koons, mais aussi Ai Weiwei, et bien d'autres, sont promus par de grands marchands d'art et tout le monde fait des tonnes d'argent. C'est un marché, mais il n'a aucune originalité.
Cependant, à mon avis, ce qui n'est pas honnête c'est qu'ils font croire aux gens — à l'homme de la rue — que ces travaux sont uniques et rare, et bien sur, c'est absolument faux. Ils trompent les gens, les escroquent et font en sorte qu'ils investissent leur argent dans quelque chose de très vague. Mais bon, ils tirent des bénéfices de ce système depuis 40 ans...
Il est vrai que j'en ai profité, mais je ne voudrais plus jamais faire partie de ce système, en aucune circonstance.

 

Vos toiles portent maintenant votre nom, mais il semblerait que vos méthodes n'aient pas changés ?

Oui, mais je n'ai plus à respecter les limitations temporelles. Si un faux date de 1914 il est impératif de respecter ce qui se faisait à l'époque ; je me dois d'ignorer tout ce qui a été fait après. C'est peut-être l'aspect le plus difficile de la procédure de création de faux tableaux.
Après avoir étudié un peintre, je sais ce qu'il a mangé, je sens sa nourriture. C'est comme le "Method Acting", en fait je l'appelle le "Method Painting", c'est une méthode qui demande une immersion complète dans la vie du personnage, en l’occurrence, de l'artiste. On s'identifie à un artiste comme un acteur au personnage qu'il doit jouer.

 

En plus de cette immersion totale, quelles sont les qualités d'un bon faussaire ?
Il doit être un historien de l'art qui est un restaurateur d'œuvres, il doit être un artiste qui possède une connaissance scientifique.
Mon père était un peintre d'églises et dès l'âge de 12 ans j'allais dans les églises avec lui après l'école. Ensemble nous restaurions les toiles et les muraux. À 17 ans je pouvais peindre n'importe quel tableau. J'ai aussi étudié le dessin anatomique et la sculpture.

 

Un peu de peinture au titane que vous avez utilisé pour "Dessin rouge avec des chevaux" d’Heinrich Campendonk a causé votre chute...
Ce jour-là je n'avais pas de zinc blanc et j'ai utilisé un blanc tout fait, dans lequel il y avait très peu de titane, mais ce n'était pas indiqué sur l'étiquette.
La vérité c'est que je suis un des plus grands faussaires qui ai jamais existé, et que je fais partie de l'histoire de l'art.
Mes travaux sont exposés incognito dans beaucoup de musées.
Par exemple il y a beaucoup de mes peintures au Japon, parce que dans les années 80 les Japonais achetaient beaucoup à Paris et à Londres, et ils ont acquis nombre de mes toiles. Il y a aussi au moins une centaine de livres d'art dans lesquels mes toiles sont publiées.

 

Y a-t-il encore des gens qui achètent vos faux tableaux sans le savoir ?
Je n'ai vendu qu'à une douzaine de gros marchands d'art et de maisons de vente aux enchères. Nous l'avons dit à nos clients et ils auraient pu en informer les leurs. Nous leur avons dit qu'ils pourraient nous rendre les tableaux. Bien sur sans indiquer expressément lesquels. Nous leur avons dit : "Tout ce que vous avez acheté de nous était faux".
Eh bien, ils n'ont pas réagi du tout. Il n'y en a PAS UN SEUL qui nous a retourné un tableau et remboursé son client...


On voit de suite où sont les vrais escrocs dans le monde de l'art.

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